L’île Seguin refait enfin surface

Ile Seguin en travauxUne cité musicale d’un côté, un pôle d’art contemporain de l’autre, la reconversion de l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt, prend forme. Mais il aura fallu vingt-deux ans après la fermeture de l’usine Renault pour imaginer un avenir à ce territoire mythique. L’illustration du mal qui ronge la France : un immobilisme entretenu par l’administration et les élus.

C’est un grand panneau qui prévient le visiteur à l’entrée de l’île Seguin, à Boulogne-Billancourt: «La phase chantier démarre.» À la pointe aval, des grues sont en pleine action. Une cité musicale, comportant une salle de spectacles de 4000 places, commence à sortir de terre. Les premiers concerts sont prévus pour fin 2016. À la pointe amont, le terrain est grillagé. Et tout est encore à l’abandon. Mais, dès l’été 2015, les travaux débuteront, pour construire un pôle d’art contemporain baptisé R4. Galeries d’art, halle d’expositions, salles des ventes… Cet ensemble devrait être ouvert au public fin 2017. Au centre de l’île, tout n’est pas encore réglé, car le PLU (plan local d’urbanisme) est attaqué devant la justice. Mais les habitants ont validé par référendum la construction d’une tour, d’un multiplexe cinémathographique Pathé et d’un grand jardin.Plan projet île Seguin
Il était temps que les travaux démarrent! L’usine Renault, qui a fait entrer l’île Seguin dans l’histoire, a fermé ses portes en mars 1992. Depuis, ce territoire mythique de 11,5 hectares, où l’on a produit des millions de 4CV ou de Supercinq, était devenu une vulgaire friche. Il aura donc fallu vingt-deux ans pour imaginer un avenir à ce lieu idéalement placé, sur la Seine, aux portes de Paris. De quoi désespérer Billancourt? En tout cas, un exemple illustrant la langueur qui s’est emparée de notre pays. «Sur l’île Seguin, on peut lire l’effacement de la France», souligne l’architecte Roland Castro.

Ces blocages sont apparus en pleine lumière lors d’un ratage spectaculaire: l’installation avortée de la Fondation Pinault. Fin 2000, François Pinault annonçait qu’il voulait créer sur l’île Seguin un musée où il présenterait sa collection d’art contemporain. Un projet à 150 millions d’euros que ce capitaine d’industrie s’engageait à financer sur sa propre cassette. Cinq ans plus tard, il jetait l’éponge et partait installer sa collection à Venise. La faute, selon lui, à l’administration française rongée par le cancer de la lenteur. «Le temps d’un projet culturel privé ne peut pas être celui d’un projet public, expliquait-il dans une tribune publiée dans Le Monde, en mai 2005. Le temps d’un entrepreneur, c’est celui de son existence, de son âge (…). Le temps d’une administration, c’est celui des procédures (…), d’une résignation face aux pesanteurs, aux mois qui s’ajoutent à des semestres pour aboutir à des années de retard.» Car, à force de dépollution du terrain qui a traîné en longueur, de retards dans la démolition de l’ancienne usine Renault, de recours contre le plan local d’urbanisme de Boulogne, l’ouverture de cette fondation d’art contemporain, prévue initialement en 2005, n’était plus possible avant 2009 ou 2010. Trop tard pour l’entrepreneur breton.

Mis en cause, Jean-Pierre Fourcade, qui était le maire de Boulogne de 1995 à 2008, contre-attaque: «La dépollution des terrains, qui a pris beaucoup de temps, nous a fait perdre un an et cette erreur m’est imputable, reconnaît l’ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing. Mais si François Pinault a renoncé, c’est aussi parce que sa famille était effrayée par le coût de l’opération sur l’île Seguin. D’ailleurs, à Venise, le Musée Pinault est plus petit que ce qui était prévu à Boulogne.» Des affirmations démenties très vigoureusement dans l’entourage du fondateur de PPR, devenu Kering, qui rend toujours l’administration et les élus locaux responsables de l’abandon du projet. «Jean-Pierre Fourcade n’a peut-être pas compris l’ampleur de ce projet, confie un proche de François Pinault. D’ailleurs, il est très rarement venu voir la maquette du musée.» L’absence d’atomes crochus entre le milliardaire autodidacte et l’élu énarque n’a pas, non plus, aidé ce dossier. «Ils ne se sont pas entendus, résume Patrick Devedjian, président du conseil général des Hauts-de-Seine. Il y a eu un choc culturel entre un grand serviteur de l’État et un entrepreneur.»

L’empilement des autorisations, la complexité des procédures, la multiplication des comités Théodule consultés sur tout et sur rien… Ces éléments ont plusieurs fois joué de mauvais tours à l’île Seguin. Le projet d’art contemporain baptisé R4 a bien failli ne jamais voir le jour. Obtenu en juillet 2013, son permis de construire a été attaqué en justice par des associations en novembre. De quoi décourager le porteur du projet, le groupe suisse Natural Le Coultre, car un tribunal administratif met facilement 18 mois avant de rendre une décision. Même si la justice tranchait en faveur du projet, cela retardait d’autant la livraison du bâtiment. Grâce à quelques concessions accordées aux associations, le dernier recours contre le permis de construire a été retiré début septembre 2014.

Mais si l’île Seguin est restée si longtemps un terrain vague, l’État n’y est pas pour rien. Il s’est désintéressé du sort de l’ex-forteresse ouvrière. «La priorité des pouvoirs publics, c’était le rééquilibrage de Paris à l’est, pas la reconversion de l’île Seguin», affirme Louis Schweitzer, le commissaire général à l’investissement, qui était le patron de Renault entre 1992 et 2005. À l’annonce de cette fermeture, en 1989, le premier ministre, Michel Rocard, avait promis de faire une OIN (opération d’intérêt national), un statut qui aurait permis d’éviter que ce bout de terre soit livré aux intérêts particuliers. Las, l’idée a été oubliée. Et, comme personne n’avait ce dossier en charge, tout le monde y est allé de son projet.

Un jour, l’île Seguin devait devenir une cité scientifique accueillant l’Inserm et l’Institut du cancer ; un autre, un jardin de sculptures ; le surlendemain, on parlait d’y installer des groupes comme Microsoft ou M6 ; une autre fois, d’y construire un musée de l’histoire de France. En 2000, l’architecte Jean Nouvel voulait même s’opposer à la démolition de l’usine désaffectée. «On a multiplié les colloques et les concours d’architectes, explique Roland Castro. Mais rien de concret n’est sorti de tout ça.»

Comme il n’y avait pas de chef d’orchestre désigné, chaque acteur du dossier a joué sa partition dans son coin. Renault, qui était propriétaire de l’île Seguin mais aussi d’autres terrains désaffectés environnants (notamment le quartier du Trapèze), a longtemps gardé le pied sur le frein. «Renault n’avait qu’un seul objectif: vendre les terrains le plus cher possible, raconte Thierry Solère, député UMP de Boulogne. Avec la crise immobilière des années 1990, qui a fait chuter les prix, le groupe a préféré garder ces fonciers au chaud.» Pour Jean-Pierre Fourcade, élu maire de Boulogne en 1995, l’île Seguin n’a pas été un dossier prioritaire. «Mon prédécesseur m’avait laissé une ville avec un énorme trou à la place du centre-ville, dit-il. Je me suis d’abord occupé de résoudre ce problème.»

Voilà pourquoi il ne s’est rien passé sur l’île Seguin au cours de la dernière décennie du XXe siècle. D’autant que, si Boulogne est toujours resté à droite, les maires se sont succédé sans discontinuer. Georges Gorse, Paul Graziani, Jean-Pierre Fourcade: il y en a eu trois en dix ans. Chacun avec sa vision du dossier. La situation s’est encore détériorée dans les années 2000 quand les deux prétendants à la mairie (le vieux lion, Jean-Pierre Fourcade, et le jeune premier, Pierre-Christophe Baguet) se sont déchirés sur la question. «Ils ont pris cette île en otage, affirme Jean Nouvel, chargé aujourd’hui de coordonner l’aménagement de ce lieu par la mairie de Boulogne. Tout projet proposé par l’un était systématiquement bloqué par l’autre.»

Ainsi, en 2000, Pierre-Christophe Baguet, alors premier adjoint au maire, a empêché la modification du POS (plan d’occupation des sols) de la ville proposée par Jean-Pierre Fourcade. Or c’était un préalable à la reconversion du site. Rebelote en 2008 quand le même Pierre-Christophe Baguet a battu Jean-Pierre Fourcade aux municipales et lui a succédé à la mairie. Son prédécesseur avait promis l’installation sur l’île Seguin de l’Inserm, d’une antenne d’une université new-yorkaise, de l’Institut national du cancer, d’un hôtel… rien ne s’est réalisé. «Ça ne s’est pas fait car tous ces projets se sont dégonflés, argumente Pierre-Christophe Baguet. L’université américaine, par exemple, a préféré rester dans Paris.» Le maire a préféré défendre les projets qui portent sa patte: la cité musicale, un projet financé par le conseil général des Hauts-de-Seine mais qui ne se serait pas fait si Boulogne n’avait pas cédé le terrain en 2010 pour un euro symbolique ; ou le centre d’art contemporain baptisé R4 que Baguet a soutenu depuis les premières esquisses, en 2011.

Il s’est aussi beaucoup investi pour aménager le centre de l’île. Mais avec des tournants à 180 degrés qui ont fait perdre plusieurs années. Pendant la campagne municipale de 2008, il défendait l’idée de garder un côté bucolique dans cette partie de l’île. Finalement, il a demandé à Jean Nouvel de concevoir un projet plus urbanisé avec cinq tours. «J’ai changé d’avis quand j’ai découvert que mon prédécesseur avait dépensé ou engagé 180 millions pour aménager l’île Seguin (achat du terrain, création d’un pont…), argumente Pierre-Christophe Baguet. J’ai donc défendu un projet susceptible de générer plus de recettes pour Boulogne.» Devant la bronca de la population, le maire a organisé, fin 2012, un référendum entre trois options toutes redessinées par Jean Nouvel. Et la population a opté pour un projet moins bétonné avec une seule tour.

Fin de l’histoire et début des travaux sur le centre de l’île? Que nenni. Des riverains ont attaqué en justice le plan local d’urbanisme adopté mi-2013. Tant que les juges ne l’auront pas jugé légal, la tour et le cinéma multiplexe ne sortiront pas de terre. «On n’est pas sortis de l’auberge», soupire Pierre-Christophe Baguet.

Par Jean-Yves Guerin
Le Figaro Immobilier – Lien vers l’article original

La Fête des Quais 2014 en images

AQBB 2014 (362)AQBB 2014 (379)AQBB 2014 (383)AQBB 2014 (169)Cette année la Fête des Quais s’est déroulée sur 2 jours, ce qui nous a permis d’accueillir plus de visiteurs et de curieux venus découvrir les animations nautiques, les expositions ou venus simplement profiter des rayons de soleil entre deux averses.

AQBB 2014 (186)AQBB 2014 (163)AQBB 2014 (122)AQBB 2014 (1)AQBB 2014 (14)AQBB 2014 (212)AQBB 2014 (33)AQBB 2014 (338)AQBB 2014 (352)AQBB 2014 (353)AQBB 2014 (64)AQBB 2014 (30)AQBB 2014 (387)AQBB 2014 (370)AQBB 2014 (369)AQBB 2014 (336)AQBB 2014 (367)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un grand merci à toutes les équipes de la Mairie et à tous les adhérents de l’association qui ont permis que cette Fête soit un succès.

Des promenades sur l’eau, des croisières plus longues organisées avec l’Office du Tourisme de Boulogne-Billancourt pour découvrir toutes les berges de la ville, des animations pour les enfants, des expositions sur l’histoire des berges, de la musique, des buffets, des démonstrations de kayak, de stand-up paddle, une démonstration et des ateliers avec les équipes de la Croix-Rouge, un atelier enfants de fabrication d’objets flottants avec un concours à la clé, une tombola pour finir la journée le dimanche;

 

Un grand merci aussi aux professionnels, Espaces 92, Le Dock Flottant, Effort, … venus exposer leur matériel et participer activement à cette rencontre entre la Seine, ses habitants et tous les boulonnais.

Merci à tous, organisateurs et visiteurs et
RENDEZ-VOUS L’ANNÉE PROCHAINE !

Merci à Dorota pour toutes ses photos.